
• La pelade est une maladie auto-immune où le système immunitaire attaque le follicule pileux, sans le détruire : la repousse reste possible.
• Elle touche environ 2 % de la population au cours de la vie et n'est ni contagieuse ni liée à l'hygiène.
• Le stress est un déclencheur possible mais largement surestimé : la plupart des cas n'ont aucune cause identifiable.
• La repousse spontanée est fréquente dans les formes localisées, mais les rechutes le sont tout autant : consultez un dermatologue.
La pelade, dont le nom médical est alopecia areata, est l'une des causes les plus fréquentes de chute de cheveux après la calvitie commune. Elle se manifeste le plus souvent par des plaques rondes et lisses, dépourvues de cheveux, qui apparaissent brutalement sur un cuir chevelu par ailleurs d'aspect tout à fait normal. Cette maladie touche environ 2 % de la population mondiale au cours de la vie [1][2]. Elle peut concerner aussi bien l'enfant que l'adulte, l'homme que la femme. En tant que dermatologues, nous savons combien cette affection peut être déroutante. Cet article a pour but de vous expliquer, avec des mots simples, ce qui se passe réellement sous la peau.
La pelade est une maladie auto-immune. Cela signifie que le système immunitaire, dont le rôle normal est de défendre l'organisme contre les agressions extérieures (virus, bactéries), se retourne par erreur contre une partie du corps : ici, le follicule pileux, c'est-à-dire la petite structure de la peau qui fabrique le cheveu, un peu comme une racine [1][3].
Le point essentiel à comprendre est que la pelade est une alopécie dite non cicatricielle. Le follicule pileux n'est pas détruit : il est attaqué et mis en sommeil, mais il reste vivant sous la peau [1][4]. C'est une différence capitale avec d'autres formes de chute où le follicule est, lui, détruit définitivement. Cette préservation du follicule est précisément ce qui rend une repousse biologiquement possible.
Pour bien comprendre la pelade, il faut connaître une notion fascinante : le follicule pileux est normalement un site protégé, que les spécialistes appellent un privilège immunitaire. Concrètement, pendant la phase de croissance active du cheveu, le follicule se rend en quelque sorte invisible aux cellules de défense de l'organisme, comme s'il portait un manteau qui le mettait à l'abri des patrouilles immunitaires [4].
Dans la pelade, cette protection s'effondre. Le follicule redevient visible, et des cellules immunitaires particulières, les lymphocytes T CD8+ (des globules blancs qui jouent le rôle de soldats de l'organisme), viennent l'attaquer autour du bulbe [1][2][6]. Cette attaque force le cheveu à quitter prématurément sa phase de croissance et à tomber. Comme le combat se déroule en profondeur, la peau à la surface des plaques reste normale, sans rougeur, sans desquamation (peau qui pèle) et sans croûte [2][3].
Il n'existe pas une cause unique à la pelade, mais plutôt un ensemble de facteurs qui se combinent. La recherche place au premier plan un terrain génétique et auto-immun [3][5].
La pelade est une maladie polygénique, c'est-à-dire liée à de nombreux gènes, chacun apportant une petite part de risque [1][3]. Un historique familial positif est rapporté jusque chez 42 % des patients dans certaines études [4]. Avoir un parent atteint augmente le risque, mais ne signifie pas que la maladie se transmettra à coup sûr.
La pelade s'inscrit souvent dans un contexte auto-immun plus large : le système immunitaire peut alors s'en prendre à plusieurs cibles différentes du corps. Les deux associations les mieux établies sont les maladies de la thyroïde (la glande qui régule le métabolisme) et le vitiligo (perte de la coloration de la peau par plaques) [3][5]. Les troubles thyroïdiens sont retrouvés chez 8 % à 28 % des patients selon les études [5]. Une revue de 2023 rapporte pour la maladie auto-immune de la thyroïde une prévalence de 13,9 % [3]. Ces chiffres justifient qu'un médecin envisage un dépistage thyroïdien, en particulier dans les formes chroniques ou étendues.
C'est une croyance très répandue. Il faut être honnête : le stress est effectivement suspecté comme facteur déclenchant possible chez des personnes déjà prédisposées [7]. Cependant, une revue de 2023 souligne que l'origine exacte de la pelade reste largement inconnue [7]. Il est de plus très difficile de démêler la cause de la conséquence : la pelade elle-même provoque du stress et de l'anxiété [3]. Le stress n'est donc pas la cause de la pelade.
La pelade n'est absolument pas contagieuse. C'est une maladie du système immunitaire propre à la personne. Elle ne peut en aucun cas se transmettre à un proche.
La pelade n'est pas due à un manque d'hygiène. Son origine est immunologique et se situe sous la surface de la peau, elle n'a rien à voir avec la propreté des cheveux.
On distingue plusieurs formes selon l'étendue et la localisation [1][5] : la pelade en plaques (la plus fréquente), la pelade ophiasique (en bande le long des bords du cuir chevelu), la pelade totale (perte de tous les cheveux du cuir chevelu), la pelade universelle (perte de tous les poils du corps) et la pelade diffuse. Une atteinte des ongles est également possible, avec une prévalence pouvant atteindre 30 % [3].
Le diagnostic est avant tout clinique, c'est-à-dire posé par l'examen visuel du médecin, aidé si besoin par la dermoscopie (un examen à la loupe grossissante) [1][3]. Les cheveux en point d'exclamation, plus fins à la base qu'à leur extrémité, sont assez caractéristiques de la maladie en phase active [2][3]. Il ne faut pas confondre la pelade avec la teigne (une infection due à un champignon, avec rougeur), la trichotillomanie (arrachage compulsif des cheveux), l'effluvium télogène (chute diffuse survenant après un événement marquant) ou l'alopécie androgénétique (la calvitie commune, progressive).
L'évolution de la pelade est imprévisible, et personne ne peut promettre une repousse dans un cas individuel [6]. Dans les formes localisées et récentes, une revue systématique rapporte une repousse spontanée chez environ 80 % des patients au cours de la première année [6]. Mais les rechutes sont tout aussi fréquentes [6]. Le pronostic est moins favorable dans les formes étendues : 14 % à 25 % des patients évoluent vers une pelade totale ou universelle, avec une repousse complète chez seulement 17,1 % d'entre eux [5]. Les facteurs de mauvais pronostic incluent une maladie étendue dès le départ, un début précoce, la forme ophiasique et l'atteinte des ongles [5].
Il n'existe à ce jour aucun traitement qui guérisse définitivement la pelade [4][6]. Les options classiques incluent les corticoïdes (des anti-inflammatoires qui calment l'attaque immunitaire) sous différentes formes, le minoxidil topique (appliqué localement pour stimuler la repousse), l'immunothérapie de contact et certains immunosuppresseurs (qui freinent l'activité du système immunitaire) [1][6]. Plus récemment, les inhibiteurs de JAK, une classe de médicaments qui bloque un signal impliqué dans l'inflammation, ont montré des résultats prometteurs dans les formes sévères [1]. Ces traitements relèvent exclusivement de la prescription par un dermatologue. Dans le cadre de la prise en charge, une préparation magistrale (un médicament préparé sur mesure par le pharmacien, sur ordonnance, avec des principes actifs et des excipients adaptés au patient) peut parfois être proposée lorsqu'elle est indiquée.
Les patients atteints de pelade présentent un risque plus élevé de dépression et d'anxiété [3]. L'anxiété est particulièrement fréquente, avec un risque environ 2,5 fois plus élevé, et 51 % des jeunes patients répondraient aux critères d'un trouble anxieux [3]. Un soutien psychologique fait pleinement partie de l'accompagnement.
Une consultation est recommandée pour confirmer le diagnostic et écarter d'autres causes de chute. Les signaux à surveiller sont : l'extension rapide des plaques, l'atteinte des sourcils, des cils ou de la barbe, une atteinte des ongles, la présence de rougeur ou de croûtes, et un fort retentissement psychologique. Chez l'enfant, une consultation est d'autant plus justifiée.
La pelade est une maladie auto-immune complexe et imprévisible, portée par un terrain génétique et immunitaire : le stress ou l'hygiène n'en sont pas les causes premières, même si certains facteurs peuvent intervenir. Le point rassurant est que le follicule n'est pas détruit, ce qui laisse la repousse biologiquement possible, tout en gardant à l'esprit que l'évolution varie beaucoup d'une personne à l'autre.
Comprendre ces mécanismes aide à ne pas se tromper de piste. Un avis médical permet de confirmer le diagnostic, d'écarter d'autres causes de chute, de rechercher une maladie associée comme un trouble thyroïdien et de définir une prise en charge, dont la plupart des traitements relèvent d'une prescription en France.
Chez Skindex, cette évaluation se fait en téléconsultation avec un médecin français inscrit à l'Ordre et titulaire d'un DU en dermatologie, pour les questions de cheveux, cuir chevelu et ongles. S'il le juge adapté à votre situation, il peut prescrire un traitement et, lorsque c'est indiqué, une préparation magistrale formulée sur mesure : nos médecins maîtrisent cette prescription, préparée en pharmacie avec des concentrations et des excipients adaptés. Le suivi est ensuite assuré dans le temps, avec un délai moyen indicatif de 48 heures pour obtenir une téléconsultation.
La pelade est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque par erreur les follicules pileux, entraînant une chute de cheveux en plaques rondes et lisses [1][2]. Il s'agit d'une alopécie non cicatricielle : le follicule n'est pas détruit, ce qui rend la repousse biologiquement possible [1]. Elle touche environ 2 % de la population au cours de la vie [1][2].
Non, absolument pas. La pelade est une maladie du système immunitaire de la personne elle-même, qui se produit sous la surface de la peau au niveau du bulbe du cheveu [1][3]. Elle ne peut se transmettre d'aucune manière et n'est pas liée à un manque d'hygiène.
Le stress est un facteur déclenchant possible chez des personnes déjà prédisposées, mais il n'est pas la cause de la maladie, et son rôle est souvent surestimé [7]. Une revue de 2023 rappelle que l'étiologie de la pelade reste largement inconnue et que la maladie elle-même génère du stress [3][7].
Comme le follicule n'est pas détruit, une repousse est possible, mais elle ne peut être ni prédite ni promise [6]. Dans les formes localisées et récentes, une repousse spontanée survient chez environ 80 % des patients dans l'année, mais les rechutes sont tout aussi fréquentes [6]. Les formes étendues ont un pronostic nettement moins favorable [5].
Il existe une prédisposition génétique : la pelade est une maladie polygénique [1][3]. Des antécédents familiaux sont rapportés jusque chez 42 % des patients dans certaines études [4]. Avoir un parent atteint augmente le risque mais ne signifie pas que la maladie se déclenchera à coup sûr.
Oui. Bien que le cuir chevelu soit la zone la plus fréquemment atteinte, la pelade peut toucher la barbe, les sourcils, les cils et l'ensemble des zones pileuses du corps [1][2]. Une atteinte des ongles est également possible [3].
Réponse type
[1] Pratt CH, King LE, Messenger AG, et al. Alopecia areata. Nat Rev Dis Primers. 2017. Consulter la source
[2] Abarca et al. Alopecia Areata: Understanding the Pathophysiology and Advancements in Treatment Modalities. Cureus. 2025. Consulter la source
[3] Sibbald C. Alopecia Areata: An Updated Review for 2023. J Cutan Med Surg. 2023. Consulter la source
[4] Żeberkiewicz M, Rudnicka L, Malejczyk J. Immunology of alopecia areata. Cent Eur J Immunol. 2020. Consulter la source
[5] Darwin E, Hirt PA, Fertig R, et al. Alopecia Areata: Review of Epidemiology, Clinical Features, Pathogenesis, and New Treatment Options. Int J Trichology. 2018. Consulter la source
[6] Villasante Fricke AC, Miteva M. Epidemiology and burden of alopecia areata: a systematic review. Clin Cosmet Investig Dermatol. 2015. Consulter la source
[7] Ahn D, Kim H, Lee B, Hahm DH. Psychological Stress-Induced Pathogenesis of Alopecia Areata: Autoimmune and Apoptotic Pathways. Int J Mol Sci. 2023. Consulter la source







Chaque dossier est étudié par un médecin français titulaire d'un diplôme universitaire en dermatologie, inscrit au tableau de l'Ordre des médecins.
Faire mon diagnostic