
• Le mélasma est un emballement des mélanocytes, pas une tache de surface : hormones, UV et lumière visible et génétique en sont les moteurs [2][5].
• La photoprotection à large spectre toute l'année, incluant la lumière visible via des écrans teintés aux oxydes de fer, est la pierre angulaire du traitement [3][1].
• En France, l'hydroquinone et la trétinoïne sont uniquement sur ordonnance (dont préparation magistrale) [9][11].
• Le mélasma est chronique et récidivant : aucun traitement ne le fait disparaître définitivement [2][3].
Le mélasma est l'une des raisons les plus fréquentes de consultation dermatologique pour un problème pigmentaire. Il se manifeste par des plaques brunes ou gris-brun, symétriques, qui s'installent surtout sur le front, les pommettes, la lèvre supérieure, parfois la mâchoire. Beaucoup de patientes arrivent en consultation persuadées qu'il s'agit d'une simple tache de surface à effacer, ou d'un phénomène strictement lié à la grossesse. La réalité est plus nuancée : le mélasma n'est pas une salissure posée sur la peau, c'est un désordre profond du fonctionnement des cellules qui fabriquent le pigment, entretenu par plusieurs facteurs qui s'additionnent.
Pour comprendre le mélasma, il faut d'abord savoir qui fabrique la couleur de la peau. Ce sont les mélanocytes, des cellules situées à la base de l'épiderme. Ces cellules produisent la mélanine, le pigment qui donne sa teinte à la peau, fabriqué à partir d'un acide aminé, la tyrosine, sous l'action d'une enzyme clé, la tyrosinase. Cette mélanine est ensuite distribuée aux kératinocytes voisins. Dans le mélasma, les mélanocytes deviennent hyperactifs : ils produisent et transfèrent trop de pigment, de façon localisée et persistante.
La différence avec un bronzage est essentielle : après un coup de soleil, la pigmentation s'estompe spontanément. Dans le mélasma, cette régression n'a pas lieu, la peau reste dans un état d'emballement pigmentaire. Les dermatologues considèrent aujourd'hui le mélasma non pas comme une simple hyperpigmentation, mais comme un désordre multifactoriel qui touche plusieurs couches et plusieurs types de cellules de la peau.
Les travaux récents montrent que la peau atteinte de mélasma présente bien plus qu'un excès de mélanine. On y observe une altération de la membrane basale (la fine frontière qui sépare l'épiderme du derme), une élastose solaire (un vieillissement des fibres de soutien lié au soleil), une augmentation des mastocytes, une multiplication des petits vaisseaux sanguins et la présence de fibroblastes sénescents. Certains chercheurs décrivent le mélasma comme un trouble apparenté au photovieillissement, survenant sur un terrain génétique prédisposé.
Cette complexité explique une chose fondamentale : c'est parce que le mélasma implique cette inflammation chronique et ces échanges anormaux entre cellules que les traitements purement superficiels échouent souvent. Agir uniquement sur le pigment visible sans tenir compte de tout ce qui l'entretient conduit régulièrement à des rechutes.
Le mélasma résulte de la rencontre de plusieurs facteurs chez une personne génétiquement prédisposée : l'exposition solaire (UV et lumière visible), les stimulations hormonales, et une susceptibilité familiale.
L'exposition au rayonnement solaire est le facteur environnemental le plus important dans le mélasma. Les UVB activent une réaction en chaîne impliquant plusieurs signaux cellulaires, dont p53, l'alpha-MSH et le régulateur MITF, qui mettent en route la fabrication du pigment. On observe que la pigmentation diminue en hiver et s'accentue en été.
Point capital : les ultraviolets ne sont pas les seuls coupables. La lumière visible, en particulier la lumière bleue-violette de haute énergie (celle que l'on perçoit à l'œil nu et qu'émettent aussi les écrans), joue un rôle propre dans le mélasma, notamment dans les rechutes. Cette lumière visible représente près de la moitié du rayonnement solaire qui atteint la surface terrestre. Elle est présente toute l'année, par temps couvert, et traverse même les vitres. Les écrans solaires anti-UV standards ne bloquent tout simplement pas cette lumière visible.
Le mélasma est souvent surnommé « masque de grossesse », mais le réduire à la grossesse est une erreur fréquente. Les œstrogènes sont un élément clé, et la contraception orale ainsi que le traitement hormonal de la ménopause sont également reconnus comme facteurs favorisants. Les hormones agissent comme des amplificateurs qui rendent les mélanocytes plus sensibles ; c'est ensuite l'exposition à la lumière qui déclenche les poussées. Le mélasma touche aussi les hommes, chez qui l'exposition solaire et les antécédents familiaux prennent le premier rôle.
La prédisposition génétique est solidement établie. Dans plusieurs études, plus de 40 % des patients rapportent avoir des proches touchés. Dans une enquête internationale portant sur 324 femmes, 48 % avaient des antécédents familiaux de mélasma. Le mélasma affecte de façon disproportionnée les phototypes intermédiaires à foncés, notés III à V. La pigmentation induite par la lumière visible est plus intense et plus durable sur les peaux foncées.
La chaleur et l'inflammation cutanée sont des facteurs aggravants secondaires. Une inflammation provoquée par un peeling agressif, un laser mal indiqué ou une dermatite peut déclencher ou aggraver le mélasma.
Le mélasma se présente comme des plaques brunes à gris-brun, symétriques, aux bordures irrégulières. On décrit trois répartitions principales : centrofaciale (au centre du visage), malaire (sur les pommettes) et mandibulaire (le long de la mâchoire). Le diagnostic est clinique, éventuellement aidé par la lampe de Wood (une lumière ultraviolette qui révèle la profondeur du pigment) ou la dermoscopie.
Le mélasma peut être confondu avec les lentigos solaires, l'hyperpigmentation post-inflammatoire, le lichen plan pigmentogène ou certaines mélanocytoses dermiques. Poser le bon diagnostic avant tout traitement est indispensable, notamment pour éviter d'utiliser un laser sur un mélasma actif, ce qui peut provoquer un rebond pigmentaire.
Le mélasma n'est pas dangereux physiquement, mais son retentissement psychologique est bien documenté. Une enquête menée au Brésil auprès de 1 518 patients a révélé une baisse de l'estime de soi et une fréquence de troubles dépressifs et anxieux nettement supérieure à la population générale. Reconnaître ce vécu fait pleinement partie de la prise en charge.
Si un seul message devait être retenu : la photoprotection est le socle de la prise en charge du mélasma. Cette protection doit être à large spectre, avec un indice élevé, et couvrir les UVB, les UVA, les UVA1 longs et la lumière visible.
C'est ici que les écrans solaires teintés prennent tout leur sens. Seuls les écrans teintés contenant des oxydes de fer et du dioxyde de titane pigmentaire filtrent efficacement la lumière visible, en réduisant sa transmission de 80 à 97 %. Une revue systématique a confirmé le rôle adjuvant utile des protections solaires incluant la lumière visible dans le mélasma et l'hyperpigmentation sur peaux foncées.
Une étude prospective menée dans le sud de la France a comparé, chez 42 femmes atteintes de mélasma, un écran teinté SPF50+ à un écran non teinté équivalent pendant 5 mois. Les deux ont empêché l'assombrissement, mais l'écran teinté a significativement amélioré l'uniformité de la pigmentation, ce que l'écran non teinté n'a pas obtenu.
Concrètement, la protection doit devenir un geste quotidien, y compris en ville, en hiver et par temps gris, complétée par un chapeau à large bord et la recherche de l'ombre.
Une revue systématique de 2023 ayant analysé 174 essais contrôlés a établi une hiérarchie claire. Les agents de première ligne (grade A) sont l'hydroquinone, les crèmes en triple association, les écrans solaires à large spectre, l'acide kojique et l'acide azélaïque.
La triple association dite de Kligman (hydroquinone, trétinoïne et un dermocorticoïde) reste la référence pour la phase d'attaque, sur prescription médicale en France sous forme de préparation magistrale. Pour l'entretien au long cours, des actifs cosmétiques comme l'acide azélaïque, l'acide kojique, le niacinamide ou l'arbutine sont préférés afin de limiter les effets indésirables des dépigmentants puissants.
Le mélasma est une affection chronique, qui demande de la constance et une stratégie combinant photoprotection quotidienne rigoureuse, traitement dépigmentant adapté au stade et à l'activité de la maladie, et prise en compte des facteurs hormonaux lorsque c'est possible. Les rechutes ne sont pas un échec personnel : elles font partie de l'histoire naturelle de la maladie, et c'est précisément pour cela que la protection solaire ne doit jamais être interrompue, même quand la peau semble éclaircie. Une consultation dermatologique permet de poser le bon diagnostic, d'éviter les traitements inadaptés (notamment certains lasers) et de construire une routine réaliste sur la durée.
Le mélasma est un désordre chronique de la pigmentation qui se manifeste par des plaques brunes symétriques sur le visage. Ce n'est pas une simple tache de surface, mais un emballement des mélanocytes, entretenu par le soleil, les hormones et une prédisposition génétique [2][5]. Contrairement à un bronzage, cette pigmentation ne s'efface pas spontanément [2].
Trois grands facteurs se combinent : l'exposition solaire (UV mais aussi lumière visible), les stimulations hormonales (grossesse, contraception, THS) et une prédisposition génétique [2][4][5]. Les hormones sensibilisent les mélanocytes, la lumière déclenche et entretient les poussées.
Non. Les écrans anti-UV standards ne bloquent pas la lumière visible, qui joue un rôle important dans le mélasma [3][7]. Il faut privilégier un écran teinté à large spectre contenant des oxydes de fer, appliqué toute l'année [13][1].
Il peut s'atténuer dans les mois suivant l'accouchement mais ne disparaît pas systématiquement. Pendant la grossesse, seule la photoprotection à large spectre est recommandée ; l'hydroquinone est à éviter [8].
Le laser est une option de dernier recours, à réserver à des situations sélectionnées [9][11]. Sur un mélasma actif, il peut aggraver la pigmentation par effet rebond [2]. Un avis dermatologique préalable est indispensable.
Non. L'hydroquinone a été retirée des cosmétiques grand public en Europe. Elle n'est disponible que sur prescription médicale, sous forme de préparation magistrale réalisée en pharmacie, avec un suivi dermatologique.
Réponse type
[1] Polena H, Queille-Roussel C, Graizeau C, et al. Comparison of Visible Light-Protective Tinted Sunscreen to Untinted Sunscreen to Protect Melasma Patients During Summer: A Prospective Randomized Investigator-Blinded Study. J Cosmet Dermatol. 2025. Consulter la source
[2] Espósito ACC, Cassiano DP, da Silva CN, et al. Update on Melasma, Part I: Pathogenesis. Dermatol Ther (Heidelb). 2022. Consulter la source
[3] Morgado-Carrasco D, Piquero-Casals J, Granger C, et al. Melasma: The need for tailored photoprotection to improve clinical outcomes. Photodermatol Photoimmunol Photomed. 2022. Consulter la source
[4] Handel AC, Miot LDB, Miot HA. Melasma: a clinical and epidemiological review. An Bras Dermatol. 2014. Consulter la source
[5] Liu W, Chen Q, Xia Y. New Mechanistic Insights of Melasma. Clin Cosmet Investig Dermatol. 2023. Consulter la source
[6] Ali L, Al Niaimi F. Pathogenesis of Melasma Explained. Int J Dermatol. 2025. Consulter la source
[7] Geisler AN, Austin E, Nguyen J, et al. Visible Light Part II. Photoprotection against visible and ultraviolet light. J Am Acad Dermatol. 2021. Consulter la source
[8] Fatima S, Braunberger T, Mohammad TF, et al. The Role of Sunscreen in Melasma and Postinflammatory Hyperpigmentation. Indian J Dermatol. 2020. Consulter la source
[9] Shankar K, Godse K, Aurangabadkar S, et al. Evidence-Based Treatment for Melasma: Expert Opinion and a Review. Dermatol Ther (Heidelb). 2014. Consulter la source
[11] Sarkar R, Handog EB, Das A, et al. Topical and Systemic Therapies in Melasma: A Systematic Review. Indian Dermatol Online J. 2023. Consulter la source
[12] Ogbechie-Godec OA, Elbuluk N. Melasma: an Up-to-Date Comprehensive Review. Dermatol Ther (Heidelb). 2017. Consulter la source
[13] Visser WI, Amien A, Moola H, Naidoo K. Visible Light Protection Strategies for Diverse Populations. Dermatol Ther (Heidelb). 2026. Consulter la source







Chaque dossier est étudié par un médecin français titulaire d'un diplôme universitaire en dermatologie, inscrit au tableau de l'Ordre des médecins.
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