
• L'alopécie androgénétique n'est pas une chute soudaine mais une miniaturisation progressive des cheveux sous l'effet de la DHT dans des follicules génétiquement sensibles.
• La génétique est le facteur numéro un (hérédité estimée à ~80 %) ; l'âge la révèle, le stress et l'alimentation restent marginaux.
• La forme féminine (amincissement diffus, raie qui s'élargit) est distincte et souvent sous-diagnostiquée.
• Casquettes, shampooings et circulation ne sont pas en cause : seule une consultation permet un diagnostic fiable.
L'alopécie androgénétique est de loin la cause la plus fréquente d'amincissement progressif des cheveux à l'âge adulte [1]. En consultation, la plupart des personnes décrivent ce phénomène comme des cheveux qui « tombent ». En réalité, le mécanisme est plus subtil : les cheveux ne disparaissent pas brutalement, ils deviennent de plus en plus fins, courts et clairs, jusqu'à ne presque plus se voir. Ce processus porte un nom : la miniaturisation folliculaire, c'est-à-dire le rétrécissement progressif de la racine du cheveu (le follicule).
Cet article a un objectif purement informatif : vous aider à comprendre ce qui se joue réellement dans le cuir chevelu. Il ne remplace pas une consultation, qui reste la seule démarche adaptée pour poser un diagnostic et discuter d'une éventuelle prise en charge.
Pour comprendre l'alopécie androgénétique, il faut d'abord savoir qu'un cheveu pousse selon un cycle en trois phases. La phase la plus longue, appelée phase anagène (la phase de croissance active), dure normalement entre trois et cinq ans : c'est elle qui détermine la longueur finale du cheveu [2]. Vient ensuite une courte phase de transition (catagène), puis une phase de repos (télogène) d'environ trois mois, au terme de laquelle le cheveu tombe et laisse la place à un nouveau [2].
Dans l'alopécie androgénétique, ce cycle se dérègle progressivement. À chaque nouveau cycle, la phase de croissance devient plus courte [1]. Résultat : le follicule (la petite « usine » qui fabrique le cheveu à la racine) produit un poil de moins en moins long et de moins en moins épais. On parle de transformation d'un cheveu terminal (épais, long, pigmenté) en cheveu « vellus » (fin, court, presque incolore, comme un duvet) [3]. C'est cette conversion, appelée miniaturisation, qui définit véritablement la maladie [3].
Le moteur de cette miniaturisation est une hormone dérivée de la testostérone : la dihydrotestostérone, ou DHT. Elle est produite localement, dans le cuir chevelu, par une enzyme appelée 5-alpha-réductase [1]. La DHT se fixe environ cinq fois plus fortement que la testostérone sur les récepteurs aux androgènes du follicule, c'est-à-dire les « serrures » situées à la racine du cheveu sur lesquelles ces hormones viennent s'accrocher [3]. Une fois fixée, elle envoie des signaux qui raccourcissent la phase de croissance et enclenchent la miniaturisation. Les cheveux de l'arrière du crâne, eux, sont épargnés car ils sont génétiquement peu sensibles à la DHT [3].
L'alopécie androgénétique est avant tout une affaire de terrain héréditaire. Les études estiment son caractère héréditaire à environ 80 % [1]. La plupart des personnes concernées ont des taux d'androgènes (les hormones masculines) tout à fait normaux : ce n'est pas la quantité d'hormones qui pose problème, mais la sensibilité du récepteur du follicule, qui varie d'une personne à l'autre.
Contrairement à une idée reçue, il n'existe pas « un » gène de la calvitie transmis uniquement par la mère. L'alopécie androgénétique est une maladie polygénique, c'est-à-dire liée à plusieurs gènes qui agissent ensemble [5]. Le premier gène identifié est celui du récepteur aux androgènes (gène AR), situé sur le chromosome X [3]. Mais une vaste étude portant sur plus de 70 000 hommes a identifié 71 régions génétiques distinctes associées au risque, expliquant environ 38 % de la variabilité génétique de la maladie [5]. Une étude plus ancienne avait déjà mis en évidence six nouveaux loci de susceptibilité, autrement dit six emplacements du génome favorisant la maladie [6].
Près de 70 % des hommes caucasiens présenteront un certain degré d'alopécie androgénétique à 70 ans [5]. Les hommes développent la maladie plus tôt (dans la majorité des cas entre 20 et 39 ans) et les femmes plus tardivement (souvent entre 60 et 69 ans) [7].
Le stress et l'alimentation sont souvent cités, mais les preuves scientifiques manquent pour l'alopécie androgénétique proprement dite. Le stress peut favoriser l'effluvium télogène (une chute diffuse, réactionnelle et temporaire), un mécanisme totalement différent. De même, une carence en fer peut aggraver une chute diffuse, mais elle ne provoque pas la miniaturisation d'origine génétique.
Chez l'homme, l'évolution suit un schéma caractéristique : recul progressif de la ligne frontale au niveau des golfes temporaux (les tempes qui se dégarnissent), puis dégarnissement du sommet du crâne (le vertex) [1]. Ces zones peuvent se rejoindre pour donner l'aspect classique en « fer à cheval », avec conservation de la couronne à l'arrière et sur les côtés [3].
Chez la femme, on parle souvent de « chute de cheveux de type féminin ». La caractéristique principale est un amincissement diffus de la zone centrale du cuir chevelu, avec un élargissement progressif de la raie médiane, tout en préservant généralement la ligne frontale [8]. Il n'y a quasiment jamais de zones totalement chauves [7]. Certaines femmes développent cette chute alors que leur taux d'androgènes est parfaitement normal [8]. Entre 40 et 54 % des patientes rapportent des antécédents familiaux [8]. Environ 12 % des femmes présentent une chute de type féminin détectable dès 29 ans, 25 % vers 49 ans, 41 % vers 69 ans, et plus de 50 % après 79 ans [7].
Une chute de cheveux n'est pas toujours une alopécie androgénétique. L'effluvium télogène chronique se traduit par une chute diffuse souvent déclenchée par un événement (accouchement, maladie, choc émotionnel, carence) : il est en principe réversible. La pelade, elle, provoque des plaques bien délimitées et sans cheveu. Enfin, les alopécies cicatricielles détruisent définitivement le follicule et constituent une urgence dermatologique.
Le dermatologue s'appuie sur l'examen clinique, l'interrogatoire, et des outils comme la dermoscopie du cuir chevelu (l'observation de la peau et des racines à fort grossissement). Chez la femme, un bilan biologique orienté (dosage de la ferritine qui reflète les réserves en fer, de la TSH pour la thyroïde, et un bilan hormonal en cas de signes d'excès d'androgènes) peut être utile [8]. La biopsie du cuir chevelu, elle, reste rarement nécessaire [7].
L'alopécie androgénétique est une maladie chronique et évolutive. Les traitements disponibles visent surtout à ralentir ou stabiliser la progression. La prise en charge relève exclusivement d'une évaluation médicale.
À titre indicatif, seules deux molécules disposent d'une reconnaissance solide et d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans cette indication : le minoxidil topique (appliqué directement sur le cuir chevelu) et le finastéride oral (pris par la bouche) [1]. Le minoxidil en solution ou mousse est disponible sans ordonnance, tandis que le finastéride oral est un médicament sur ordonnance dont l'AMM concerne l'homme uniquement [10]. D'autres approches (dutastéride, spironolactone, minoxidil oral à faible dose) sont utilisées dans certaines situations, souvent hors AMM et toujours sous surveillance médicale [11].
Lorsque le cuir chevelu est irrité ou fragilisé, une préparation magistrale (un médicament préparé en pharmacie sur prescription, avec des concentrations et des excipients adaptés à chaque patient) peut être envisagée lorsqu'elle est indiquée, toujours sur ordonnance et selon l'avis du médecin.
| Idée reçue | La réalité scientifique |
|---|---|
| Porter une casquette fait perdre les cheveux | Faux. Le follicule reçoit son oxygène par le sang, pas par l'air. |
| Se laver les cheveux trop souvent accélère la chute | Faux. Les cheveux vus dans la douche sont déjà en phase de repos. |
| Une mauvaise circulation sanguine est en cause | Faux. La maladie est déterminée par la sensibilité héréditaire des follicules aux androgènes. |
| La calvitie se transmet uniquement par la mère | Faux. L'hérédité est polygénique et provient des deux parents [5]. |
• une chute soudaine et massive, ou l'apparition rapide de plaques totalement dégarnies ;
• des rougeurs, démangeaisons, douleurs, desquamation au niveau des zones dégarnies (pouvant évoquer une alopécie cicatricielle) ;
• une chute accompagnée de signes généraux ou de signes d'excès d'androgènes chez la femme ;
• une chute diffuse chez la femme, qui mérite un avis spécialisé et un bilan orienté [8].
L'alopécie androgénétique est une affection dermatologique fréquente, dominée par la sensibilité héréditaire des follicules à la DHT et par la miniaturisation progressive des cheveux. La génétique en est le facteur central, tandis que l'âge agit comme un révélateur et que le stress ou l'alimentation ne relèvent pas des causes premières, même s'ils peuvent accompagner d'autres formes de chute.
Comprendre ces mécanismes évite de s'épuiser dans des solutions inadaptées. Un avis médical permet de distinguer l'alopécie androgénétique d'une autre cause de chute (effluvium télogène, pelade, alopécie cicatricielle), d'écarter un facteur associé chez la femme et, si cela est indiqué, d'envisager un traitement, sachant qu'une partie de ces traitements relève d'une prescription en France.
Chez Skindex, cette évaluation se fait en téléconsultation avec un médecin français inscrit à l'Ordre des médecins et titulaire d'un DU en dermatologie. S'il le juge adapté à votre situation, il peut poser un diagnostic, prescrire un traitement et, lorsque c'est indiqué, une préparation magistrale formulée sur mesure : nos médecins maîtrisent cette prescription, préparée en pharmacie avec des concentrations et des excipients adaptés à votre cuir chevelu. Le suivi est ensuite assuré dans le temps.
La cause principale est génétique : une sensibilité héréditaire des follicules à la DHT. Le caractère héréditaire est estimé à environ 80 %, et plus de 70 loci génétiques ont été identifiés [5]. Le stress et l'alimentation ne sont pas des causes établies.
Chez la femme, elle prend la forme d'un amincissement diffus du sommet et du centre du crâne, avec une raie médiane qui s'élargit, tout en préservant généralement la ligne frontale [8]. Il n'y a presque jamais de zones totalement chauves [7].
L'alopécie androgénétique est une miniaturisation lente et progressive. L'effluvium télogène est une chute diffuse réactionnelle, souvent réversible, tandis que la pelade provoque des plaques nettes et les alopécies cicatricielles détruisent définitivement le follicule [7].
Il s'agit d'une maladie chronique et évolutive : les traitements visent surtout à ralentir ou stabiliser la progression [8]. Aucun traitement ne promet un retour à la densité d'origine.
Seuls le minoxidil topique et le finastéride oral disposent d'une reconnaissance solide [1]. Le minoxidil topique est disponible sans ordonnance, tandis que le finastéride oral est sur ordonnance et son AMM concerne l'homme uniquement [10].
Non. Ces croyances sont des idées reçues sans fondement scientifique. La calvitie ne se transmet pas non plus uniquement par la mère, l'hérédité provient des deux parents [5].
Réponse type
[1] Chen S, Li L, Ding W, et al. Androgenetic Alopecia: An Update on Pathogenesis and Pharmacological Treatment. Drug Des Devel Ther. 2025. Consulter la source
[2] Sadasivam IP, Sambandam R, Kaliyaperumal D, Dileep JE. Androgenetic Alopecia in Men: An Update On Genetics. Indian J Dermatol. 2024. Consulter la source
[3] Ho CH, Sood T, Zito PM. Androgenetic Alopecia. StatPearls. 2024. Consulter la source
[5] Gupta AK, Dennis DJ, Economopoulos V, Piguet V. The Genetic Landscape of Androgenetic Alopecia: Current Knowledge and Future Perspectives. Biology (Basel). 2026. Consulter la source
[6] Li R, Brockschmidt FF, Kiefer AK, et al. Six Novel Susceptibility Loci for Early-Onset Androgenetic Alopecia and Their Unexpected Association with Common Diseases. PLoS Genet. 2012. Consulter la source
[7] Fabbrocini G, Cantelli M, Masarà A, et al. Female pattern hair loss: A clinical, pathophysiologic, and therapeutic review. Int J Womens Dermatol. 2018. Consulter la source
[8] Bhat YJ, Saqib N, Latif I, Hassan I. Female Pattern Hair Loss, An Update. Indian Dermatol Online J. 2020. Consulter la source
[10] Gupta AK, Wang T, Economopoulos V. Epidemiological landscape of androgenetic alopecia in the US: An All of Us cross-sectional study. PLoS One. 2025. Consulter la source
[11] Vañó-Galván S, Fernandez-Crehuet P, Garnacho G, et al. Recommendations on the Clinical Management of Androgenetic Alopecia: A Consensus Statement From the Spanish Hair Disorders Group (AEDV). Actas Dermosifiliogr. 2024. Consulter la source







Chaque dossier est étudié par un médecin français titulaire d'un diplôme universitaire en dermatologie, inscrit au tableau de l'Ordre des médecins.
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